On m\’aurait menti?
June 6, 2008 – 3:00 amQuelqu’un a dit un jour quelque chose du genre “le marketing, c’est l’art de pousser les gens à acheter quelque chose dont ils n’ont pas besoin”. Je ne me rappelle plus qui est l’auteur de cette situation, ni si ce sont précisément ces mots qu’il a utilisé (désolé, tout ça manque de sérieux). Quoi qu’il en soit, vous avez compris l’idée.
Que l’on soit d’accord ou non avec ce qui précède, le marketing est fondamentalement l’application d’un principe très simple: il y a différents types de consommateurs, et le but du jeu est de s’adresser à chaque type dans le langage qu’il comprendra le mieux. Si vous faites passer le bon message au bon moment et à la bonne personne, votre marketing est efficace.
Si le principe est simple, son application l’est beaucoup moins. Si vous relisez la dernière phrase, vous constaterez en effet qu’il y a trois moyens de se fourvoyer. L’un des exemples les plus frappants selon moi vient des films adressés aux jeunes (généralement des films de prévention). J’ai toujours été sidéré de voir à quels points ces clips sont caricaturaux: les jeunes sont systématiquement des racailles parlant le banlieusard couramment, et je ne suis pas persuadé que ce type d’amalgame soit plus intelligent qu’un autre.
Mais ce qui a motivé ce post, c’est M6. Je viens de regarder la fin de la saison 3 de Prison Break, qui était diffusée en exclusivité pour ceux qui n’ont pas encore Internet à la maison. La série a fait beaucoup de bruit depuis sa création, et l’audience attendue pour ce soir devait être significative. Les quelques rares “minutes de cerveau disponibles” (Etienne, si tu me lis) doivent valoir leur pesant de cacahuètes.
Heureusement, la publicité est un métier sérieux. Vu le pognon qui se brasse dans l’industrie, on est en droit de penser que les mecs savent ce qu’ils font. Typiquement, le principe de base du marketing, ils le connaissent. Enfin, normalement ils ont dû en entendre parler au moins une fois. Peut-être même que certains ont déjà pratiqué. Mais pas ceux de ce soir.
La coupure publicitaire du deuxième épisode avait commencé plutôt normalement (je ne me rappelle donc pas du spot). Deuxième pub: Vanish, la lessive miracle présentée dans son magnifique packaging rose carcéral. Moi aussi j’ai toujours su que l’audience type de Prison break c’était la ménagère qui recherche une lessive miracle pendant ses heures de loisir. Le bon message, à la bonne personne, au bon moment. Vous voyez comme c’est simple.
Troisième publicité: la brosse à dent Oral B Professional Care 8500 (ça c’est le nombre de mouvements à la minute, le style marteau-piqueur buccal pour les personnes victimes de l’embargo sur l’huile de coude). Là aussi, il y avait peut-être moyen de cibler le public avec un peu plus de précision.
C’est quand j’ai vu débarquer à l’écran la pub pour un anti-rides Nivea, suivie d’une deuxième pub pour de la lessive, que j’ai vraiment commencé à bloquer. Pendant un moment je me suis demandé si j’étais accidentellement passé sur la Nouvelle Star, mais non.
Alors oui, je sais, ne sombrons pas dans les clichés et les généralisations; tous les spectateurs de Prison Break ne sont pas forcément des wookies alcooliques et violents recherchés pour brigandage. Il est donc fort possible que ces publicités aient été bien ciblées pour une fraction de l’audimat. N’empêche, quand on vous a éduqué avec un certain nombre de croyances marketing, ça vous bouleverse d’être confronté à la (télé) réalité.
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